Le BAR

La vie du Bar

  

    Les notes ci-dessous sont extraites :

  • LES PÊCHES SPORTIVES DU BAR
  • Par JEAN DEMIL
  • Éditions du BORNEMANN, Paris

 

(Naissance ? Maturité ? Vieillesse)

    Je suis en mesure d'affirmer aujourd'hui que le Bar, sur les cotes bretonnes, fraie l'hiver.

    Des captures faites dès novembre révèlent, à l'autopsie, des chapelets d'œufs chez les femelles.

    Les mâles sont également abondamment pourvus de laitance, qu'ils émettent d'ailleurs en copieuses " giclées "  blanchâtres, ressemblant à du lait, lors du décrochage final.

    La période du frai doit s'étendre sur un assez long délai car des prises, faites ultérieurement, présentent les mêmes caractéristiques de maturité sexuelle.

    A mon avis la ponte doit débuter début décembre et s'achever dans le courant de février ou mars (1).

    Le Bar pond dans les criques rocheuses, à fond de galets, situées face au grand large et relativement abritées (2).

    Ce choix et la date de reproduction montrent bien l'admirable enchaînement de la nature faisant coïncider ces deux impératifs avec une époque où tous les parasites des grèves (crevettes, crabes, gobies, vermine, etc.), sont absents ou en état d'hivernage.

    Seules sont présentes les puces de mer, truffant en multitude les cordons littoraux de goémon en décomposition, amenés là et constamment brassés par le flot.

    Inoffensives pour la semence du Bar, puisque n'évoluant qu'exceptionnellement et accidentellement dans l'eau, elles constituent, par contre, un garde-manger copieux, abondamment pourvu et constamment servi.

    La désertion des grèves aux époques précitées est une certitude absolue, facilement contrôlable.

Alors que le simple fait de retourner, en été, quelques pierres situées à mi-hauteur de marée, sur n'importe quel point des grèves situées face au grand large, démontre la présence d'une multitude de bestioles diverses (Anguillettes, crabes, crevettes, gobies, loches, etc...), la même opération, en hiver, révèle un désert absolu.

    Cette constatation et celle de la présence accrue des puces de mer, m'ont incité à élaborer une théorie de pêche hivernale dont la justesse a été pleinement prouvée par les résultats et sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir ultérieurement.

    Quelque temps après sa naissance, lorsque l'alevin est suffisamment vigoureux pour supporter un assez long déplacement, il émigre pour des coins plus tranquilles, où il trouve, en abondance, une nourriture riche et variée nécessaire sa croissance et un abri contre la convoitise de ses congénères voraces et celle des autres poissons côtiers.

    C'est alors qu'on le trouve, en quantité, autour des môles, des digues, dans les petits ports bordant la côte.

Son grand appétit lui joue de vilains tours car de nombreux pêcheurs, peu scrupuleux, en font des hécatombes en le pêchant au coup.

 C'est le "Barset" bien connu des pêcheurs du Nord-Finistère. Il semble prolonger son séjour en ces endroits jusqu'à ce qu'il ait atteint le poids approximatif de 300 g environ.

    A ce stade de croissance il disparaît. Probablement pour commencer sa véritable vie marine qui le cantonne sur tout le littoral aux fonds peu accusés.

    Les captures faites sur les côtes face au large sont rarement inférieures, en poids, à 500 g pour une taille de 30 cm environ (3). Les Bars sont alors rassemblés en bandes assez nombreuses comprenant, approximativement, une trentaine d'individus.

    Il est à remarquer que les Bars semblent se réunir par taille bien déterminée. Tantôt ce sont de petits spécimens de l'espèce, tantôt des individus moyens, tantôt encore des grosses pièces que l'on voit passer aux pieds des rochers. Il est rare de voir un banc composé de poissons de tailles différentes.

    Ce sont les poissons de 500 à 800 g environ qui paient le plus lourd tribut aux pêcheurs. Sans doute à cause de leur voracité nécessitée par une croissance rapide. On en fait, certains jours, des hécatombes au lancer.

    Le Bar semble atteindre la maturité sexuelle lorsqu'il atteint un poids approximatif d'un kilo, pour une taille de 30 à 40 cm environ (selon le sexe).

Je n'ai jamais constaté la présence d'œufs ou de laitance chez des individus inférieurs en taille et en poids.

    Mises à part certaines habitudes découlant de tailles différentes et, par ricochet, d' appétits proportionnés, les bars semblent, dans l'ensemble, avoir des mœurs identiques, jusqu'à ce qu'ils atteignent un poids de 10 à 15 livres pour une taille d'un mètre et plus.

    A ce stade le poisson devient excessivement méfiant, il erre généralement solitaire et hante les endroits désertiques ou très exposés.

Il est très rare de capturer, coup sur coup, plusieurs poissons atteignant ou dépassant les 10 livres, alors que les doublés, triplés et, parfois, quadruplés, sont fréquents pour des poissons de taille nettement inférieure.

    Ma plus belle prise accusait 7 kilos et des poussières sur la balance. J'ai vu des poissons, capturés de différentes façons, atteignant 18 livres.

    Je crois, ainsi que je l'ai déjà affirmé dans ma plaquette sur le  "Lancer léger en mer", que le Bar ne doit pas dépasser les 20 livres (sauf très rares exceptions).

(1) Les conditions atmosphériques doivent influer sur la durée de la période de ponte. De même, je pense que la température est susceptible d'avancer ou de retarder ces dates limites.

(2) Conformément à l'esprit du chapitre précédent, cette affirmation ne doit pas être prise dans un sens général et impératif.

(3) Tout comme le Brochet, le Bar s'arrondit avec l'age. Un Bar de 15 livres n'est pas plus long qu'un Bar de 10 livres mais il est plus pansu, surtout les femelles.

 

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